Le rendez-vous des Indés

Pour la dixième édition, c’est Mélanie Talcott qui témoigne. Elle a  connu l’auto-édition avec plusieurs romans, son dernier en date étant Gooodbye Gandhi. Vous pouvez découvrir son blog ici, sa page Amazon ici et son dernier roman en cliquant sur la couverture.

goodbye gandi

L’autoédition n’est pas le rendez-vous de tous les éconduits de l’édition, mais il est vrai qu’à l’instar du salon des Indépendants qui rassemblait des peintres frondeurs au XIX° siècle, les refusés comme certains les appelaient à l’époque, on y trouve de tout et en nombre exponentiel : du texte peu abouti, bourré de fautes d’orthographe et de grammaire à la perle rare, en passant par l’écrit inintéressant ou seulement pour son auteur et son entourage, au vu de la quantité de biographies ou de variations autour de « mon » (cancer, AVC, divorce, accouchement, harcèlement, adoption, and so on), ou au pitch désolant, voire éculé, et qui bizarrement ne cesse de faire des petits, jusqu’au plagiat maquillé, sans compter tout ce qui suit les modes et le produit littéraire.
C’est plutôt cet aspect éclectique de massification où l’amateurisme côtoie le professionnalisme, au sens technique du terme, qui lui confère une réputation mitigée. Car tous livres lus et confondus, il y autant de bons et piètres livres publiés par les maisons d’éditions que par les indépendants. Je préfère ce terme à celui d’autoédités qui véhicule, à mon avis, une notion péjorative.
Il y a également la même disproportion entre les livres qui se vendent bien et ceux qui se vendent peu  ou pas du tout. On entend affirmer ici ou là que les gens lisent moins. Je ne le crois pas, je pense qu’ils achètent différemment. Un livre papier a un certain coût, avoisinant les 15€. Je lis énormément, et mon budget ne me permet plus d’acheter la quantité correspondante. Je cours donc bibliothèques et médiathèques de ma région, les achète « à prix cassés » sur le Net, dans les vides greniers, les télécharge depuis des sites autorisés ou les achète en version numérique à petits prix. Fait qui a une incidence dont on parle peu dans le monde de l’édition en général.

Pour en revenir à l’autoédition, l’autonomie, se prendre en charge, peut aussi être un choix, et non le dernier recours qu’il reste à un auteur quand il n’est pas arrivé à glisser ses pages chez un éditeur. C’est le choix que j’ai fait, il y a quelques années, même s’il m’est arrivé (et m’arrive encore) – par facilité ou par fainéantise – d’y faire quelques entorses, notamment pour mon premier roman en français – j’ai écrit d’autres bouquins en espagnol, mais c’est une autre histoire…. héroïque – en envoyant le manuscrit (500 pages tout de même) à une vingtaine d’éditeurs. Non seulement, cela coûte cher, mais réclame une patience que je n’ai pas. Entre deux et trois mois (parfois plus) pour avoir une réponse – quand il y en a une – impersonnelle la plupart du temps, et si elle est positive, la publication intervient quasi un an après.

Je n’envoie plus de manuscrit. La plupart du temps, ils sont survolés, quand non définitivement rayés de la liste au vu de leur seul titre ou quatrième de couverture. En outre, éditeurs et comités de lecture n’ont matériellement pas le temps d’émerger de l’avalanche qui leur tombe dessus chaque jour. Ils vivent dans leur microcosme ce que l’on observe sur le macrocosme de la toile. Des centaines, peut-être des milliers de livres,  numérique et papier, paraissent chaque jour ! J’ai travaillé, il y a quelques années, dans l’édition et cela fait pencher nettement la balance si l’on est recommandé par…  Ils sont assujettis également, la plupart appartenant à des gros groupes de presse étrangers cotés en Bourse, d’avoir une croissance de 8%/an. Mieux vaut alors des valeurs sûres…

Personnellement ensuite, je trouve que les écrivains dans le système français, sont très mal récompensés de leur talent. Ils sont peu payés : 8% sur le prix HT d’un livre, il faut en vendre des kilos et la vie moyenne d’un livre est de trois mois avant de passer au pilon ! En outre, s’il n’a pas un nom qui résonne de plateaux de télés en chroniques littéraires et de têtes de gondole dans celle d’un lectorat consommateur, ses droits de traduction ou autres sont souvent réduits à la portion congrue.

Néanmoins la liberté a un prix qui, lui, ne se monnaie pas en espèces sonnantes et trébuchantes, mais en ténacité et le refus du compromis. Ce n’est pas toujours facile, il y a du découragement, l’envie parfois de tout envoyer promener. On se demande à quoi ça sert, et puis l’on repart. Plus de déboires que de récompenses certes, mais au bout du compte, la satisfaction d’écrire ce que l’on est et non pas ce qui se vend, se lit et s’oublie aussi vite. Tout dépend de soi et de ce que l’on attend d’un livre. Qu’il fasse partie de la littérature variété ou qu’il nous fasse rêver et voyager et encore mieux, grandir.  « Apprenez qu’un livre ne donne jamais ce qu’on en peut attendre. Il ne saurait être une réponse à votre attente. Il doit vous hérisser de points d’interrogation. », disait Cocteau.

Pour Goodbye Gandhi, mon dernier ouvrage, j’ai fait une entorse, une toute petite. Je l’ai envoyé par mail (c’est leur façon, affirment-ils, de baisser la taxe carbone !) à Denoël qui a mis un mois et demi à m’informer de la bonne réception dudit email, précisant qu’il leur faudrait quatre mois de plus pour éventuellement se manifester. Je l’ai également envoyé via un ami virtuel facebookien, époux d’une célèbre éditrice avec laquelle il fait professionnellement équipe. Bien reçu, me dit-il quelques instants après. Un mois plus tard, je le contacte. Il est désolé, il l’a égaré dans sa boîte mail (ce sont ses mots). Je lui renvoie à nouveau et depuis, silence sidéral… Je pense qu’il ne l’a toujours pas lu. Pourquoi l’ai-je fait ? Non pas que j’attendais le contrat du siècle, mais parce que je n’ai aucune affinité avec le marketing et le « se faire connaître » et qu’il m’arrive de désirer « passer la patate chaude »  à quelqu’un d’autre qui en a les moyens, les relations et les talents. Pourtant, c’est un aspect non négligeable de cette indépendance d’écrivain, sinon à quoi bon aller jusqu’à la publication ?

Pas connu, non advenu. Les portes ne s’ouvrent guère. Pour Les Microbes de Dieu, j’ai fait un service de presse d’enfer, une trentaine de bouquins tout azimut, journalistes télé, radio, et chroniqueurs littéraires. Pas un n’a pas répondu. Pour Chroniques de l’Ombre du Regard, Alzheimer… même toi, on t’oubliera et Ami de l’autre rive, je ne me suis pas beaucoup démenée (activité voisine de zéro) et ne les ai publiés qu’en papier (je suis en train de faire leur version numérique). Quelques articles de blogueurs par ci, par là. J’avais également des réticences à travailler avec Amazon qui prend 50% sur un livre papier. Une fois ajouté les frais d’impression et d’envoi postal, on édite à perte.  Createspace a changé la donne et simplifie bien les choses.

Pour Goodbye Gandhi, je consacre nettement plus de temps à cet aspect commercial, indissociable de l’autoédition. Je ne cours pas certes les salons ni les dédicaces. Je l’ai fait, tout comme j’ai fait de la distribution « tant de librairies sur tant de kilomètres ». Je résidais alors en Espagne (le numérique n’existait pas encore) et j’ai distribué ainsi cinq livres que j’ai écrit dans cette langue, la bagnole bourrée de bouquins du nord au sud du pays. Mon compagnon les vendait également par téléphone. Cela marchait plutôt bien, mais c’était foklo !
J’agrandis peu à peu mon réseau (quel terme !), y participe plus et sollicite des chroniques. Niet chez les journalistes et blogueurs qui ont une certaine notoriété. Ils n’ont pas le temps ou ils n’aiment pas les francs-tireurs de l’édition ou refusent le numérique ou ne lisent que des livres d’édition. Pour les autres, c’est plus facile, mais pas gagné non plus. Souvent, ils sont submergés de demandes.
Il reste l’appui de plateformes, payantes ou non, comme monBestseller, Iggybook, le groupe des autoédités de Bruno Challard ou la librairie des Inconnus, entre nombreuses possibilités.

Mais on reste toujours un peu noyé dans la masse et bien des blogueurs ont eux-mêmes des difficultés à se faire connaître. Très peu de lecteurs laissent des commentaires. (Qu’ils soient élogieux ou non, je m’en fous un peu, du moment qu’ils soient sincères et argumentés). Cette absence de retour par un lectorat confiné dans son anonymat est bien dommage. C’est pourtant leur ressenti qui devrait primer et s’affranchir du diktat des médias.

Jünger disait à ce sujet : « peut-être distinguera-t-on à la fin de ce siècle deux classes d’hommes, les uns formés par la télévision, les autres par la lecture. » On file bien à son voisin (facebookien ou non) l’adresse d’un bon restau ou d’un bon boulanger, on en papote sur la toile. Pourquoi ne pas faire un boucan du diable pour un bouquin d’un auteur méconnu, voire inconnu, qui nous a plu ? Comme l’écrivit Maurois : La lecture, c’est comme les auberges espagnoles, on n’y trouve que ce que l’on y apporte.

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